Dans un monde où les gens peuvent se sentir anonymes et déconnectés, préserver le souvenir est un acte d’espérance.
« Cela signifie que le passé n’est pas mort pour nous et que l’avenir mérite plus que des fragments », a déclaré frère Mark A. Bragg, soixante-dix Autorité générale de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Frère Bragg est également directeur général du département d’histoire familiale de l’Église et de FamilySearch International.
Il a affirmé que les archives ne se résument jamais à du papier, des données ou une ligne dans une base de données. Au contraire, les archives sont, « au sens le plus réel, des témoins. Elles sont la mémoire. Elles sont le fil ténu mais sacré qui peut relier un enfant à ses parents, un peuple à son passé et une génération tout entière à son héritage. »
Frère Bragg a parlé de l’importance du souvenir et de l’histoire familiale le mardi 9 juin, lors du IIIe Congrès des archivistes : Exposition d’archives numériques (DA-EXPO) qui s’est tenu du 8 au 12 juin à Astana, au Kazakhstan.
LL’événement est « une plateforme internationale de dialogue professionnel sur la préservation et le développement du patrimoine documentaire, avec un accent particulier mis sur la transformation numérique, l’innovation et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans les archives », selon le site web du Conseil international des archives.
FamilySearch a participé au Congrès en tant que sponsor principal, et frère Bragg comptait parmi les orateurs principaux.
3 principes pour l’histoire familiale

Frère Bragg a déclaré que les outils dont disposent aujourd’hui les généalogistes auraient semblé miraculeux aux fondateurs de la Société généalogique d’Utah, l’ancêtre de FamilySearch, créée en 1894. Pendant la majeure partie de l’histoire, a-t-il rappelé, l’accès aux archives dépendait de la proximité géographique, des ressources disponibles et de connaissances spécialisées, « créant ainsi des barrières naturelles entre ceux qui pouvaient s’y consacrer et ceux qui ne le pouvaient pas ».
Pourtant aujourd’hui, un document produit dans un certain lieu peut être conservé dans un autre, indexé dans un troisième et découvert par quelqu’un situé à l’autre bout du monde.
« La portée est prodigieuse. La rapidité est stupéfiante. Les possibilités sont presque infinies », a affirmé frère Bragg, ajoutant que puisque les efforts de numérisation mettent de vastes collections à la portée de quiconque dispose d’une connexion Internet, « les règles du jeu sont en train d’être rééquilibrées d’une manière sans précédent ».
Malgré toutes les merveilles de la technologie numérique, les raisons profondes de l’histoire familiale n’ont quant à elles pas changé, a rappelé frère Bragg. Il a ainsi mis en avant trois grands principes pour guider l’œuvre de l’histoire familiale :
- Le but de l’histoire familiale est durable, même si les méthodes changent.
- Offrir l’accès est un acte de bienveillance.
- La collaboration a un effet multiplicateur.

Concernant le premier principe, frère Bragg a déclaré que les généalogistes et les archivistes ne préservent pas les documents simplement parce qu’ils le peuvent - ils préservent les documents parce que les êtres humains comptent, ainsi que leurs identités, leurs souvenirs, leur appartenance et leur continuité.
« Bien après qu’un format de fichier soit devenu obsolète, bien après qu’une plateforme ait changé, bien après qu’un support de stockage ait été remplacé par un autre, le besoin humain de savoir “Qui suis-je ?”, “D’où est-ce que je viens ?” et “Où est ma place ?” reste plus pressant que jamais », a déclaré frère Bragg.
Concernant le deuxième principe, « offrir l’accès est un acte de bienveillance », frère Bragg a expliqué que les archives n’accomplissent leur but divin et humain que lorsqu’elles sont trouvées, comprises et utilisées. Les généalogistes et les archivistes ne font pas que protéger des informations ; ils ouvrent des portes, relient des familles et « rendent possible la réunion du souvenir et du sens ».
« En ce sens, votre travail n’est pas uniquement technique. Il est profondément bienveillant », a affirmé frère Bragg, ajoutant : « C’est une bienveillance qui n’est pas toujours reconnue ou remarquée, ce qui la rend d’autant plus profonde et pure. »
Concernant le troisième principe, « la collaboration a un effet multiplicateur », frère Bragg a rappelé qu’aucune archive, institution ou nation ne peut préserver seule l’ensemble de la mémoire humaine. En revanche, lorsque les communautés partagent leur savoir-faire, que les institutions s’associent au-delà des frontières et que les gardiens du patrimoine choisissent la coopération plutôt que l’isolement, « le tout devient plus grand que la somme des parties ».
« La collaboration nous aide à préserver non seulement l’information, mais aussi l’intégrité », a conclu frère Bragg. « Elle nous aide à respecter les origines, à honorer le contexte culturel et à instaurer la confiance entre les communautés. »
Un travail centré sur les personnes

Frère Bragg a cité l’histoire même de FamilySearch comme exemple de ces principes. Il a notamment souligné que la technologie n’a pas remplacé la vision originelle de FamilySearch, mais qu’elle n’a fait que la propulser vers l’avant.
« Nous nous imaginons souvent que de nouvelles méthodes exigent de nouvelles motivations. Ce n’est pas le cas », a affirmé frère Bragg. « Au mieux, les nouveaux outils devraient simplement nous aider à servir les mêmes objectifs de manière plus large, plus fidèle et plus généreuse. »
En fin de compte, le rôle des archivistes et des gardiens du patrimoine n’est pas seulement d’empêcher le passé de disparaître, a-t-il rappelé, mais d’aider les générations futures à savoir d’où elles viennent. C’est essentiel pour les familles, les communautés et les nations, mais cela l’est tout particulièrement pour la quête individuelle d’appartenance.
« Les données ne permettent pas de se souvenir des personnes, mais elles permettent souvent de les retrouver », a déclaré frère Bragg. « Les gens ne sont pas guéris par les index, mais les index peuvent les conduire vers la guérison. Ils ne sont pas transformés par les systèmes de stockage, mais ces systèmes peuvent préserver les preuves fragiles qui rendent le souvenir possible. […]
En bien des points, votre travail s’apparente à préparer un chemin dans le désert pour que le souvenir puisse rentrer chez lui. »

